• Vingt-quatre juillet.

    Depuis déjà trois ou quatre jours, je ne sais plus très bien, il règne une ambiance irréelle. Je ne crois n'avoir jamais été autant coupé de la réalité qu'en ce moment. Et paradoxalement, comme un enfant qui a peur du monstre qui se cache sous son lit, je me force de garder les yeux ouverts pour ne pas perdre une miette de cet instant que je sais réel (rapport à l'ambiance qui ne semble pas l'être).

    Rien n'est plus cliché qu'un feu de camp autour duquel s'entassent pêle-mêle une poignée d'amis et de bouteilles vides. Mais rien n'est plus efficace qu'un cliché. La guitare égrène des notes réchauffées par le feu, et le feu lui-même crépite avec nous (ce doit être sa manière à lui de chanter). On tape sur les culs des bouteilles dans une recherche désespérée de sonorité orientale et on y croit...

    On a déjà fait deux fois le tour de notre répertoire musical et les larmes de fâtigue qui brillent dans leurs yeux annoncent la fin. Le feu finit par s'éteindre en expulsant une nuée d'étincelles qui n'arrivent pas à rejoindre les étoiles... les cendres d'une soirée réussie.

    Tous vont se coucher. Tous ?! Non car deux irréductibles ennivrés d'alcool, de fâtigue et de l'odeur du feu de bois, en ont décidés autrement. Alors que le jour se lève, ils offrent leurs corps presque nus à l'eau glaciale de l'étang argenté qui n'avait même pas encore enlevé sa fine couverture de brume. Un aller-retour est suffisant. Plus et il s'agissait d'un expédition polaire.

    L'eau brûlante qui tombe du pommeau de douche est un délice de douleur. Le débriefing s'est fait dans le salon. L'un non rassasié de drogue (ou cherchant du courage là où il n'en trouvera jamais), l'autre vêtue d'une simple serviette de bain verte fluo. Il ne manquait à l'un que le culot suffisant et une anesthésie de morale pour réaliser (peut-être), plus qu'un fantasme, un rêve d'adolescence. Mais le vie ne se passe toujours pas comme dans les comédies romantiques.

    L'inconvénient des drogues c'est la descente. Plus qu'une descente on devrait parler de chutte. L'aterrissage est souvent violent, et c'est surtout le cerveau qui se cogne contre le mur des réalités. Une migraine sourde et sournoise commençait à envahir la situation autant que le crâne de l'autre. Finalement, la meilleure solution fut pour l'autre d'aller se coucher.

    L'un marchant derrière l'autre dans les escaliers de bois craquant, en prévention d'une chutte (pas symbolique celle-ci). C'est drôle comme parfois la vie s'amuse avec les situations. Deux marches d'à peine montées et l'espiègle serviette glisse offrant aux yeux de l'un, le corps nu de l'autre. C'est la vie qui regarde trop de comédies romantiques.

    Quelle brûlure dans les tripes ! Jamais un tel désir immoral (j'insiste sur "immoral" bien que ce ne soit pas le mot que j'emploierai maintenant, j'insiste sur "maintenant") n'avait traversé le corps, pourtant rompu aux choses de l'amour, de l'un. Peut-être parce qu'il n'avait jamais vécu aucune situation de ce genre auparavant. La brûlure m'a laissé une cicatrice, stigmate d'une douloureuse esthétique du bonheur.

    Puis l'autre est arrivé à sa chambre, à son lit, à ses draps, à son tombeau dans ma mémoire... Elle y dors toujours et ne se réveille que lorsque ma cicatrice me démange.


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